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Article pour le Goethe Institut : "la manière et la matière"

[ARTICLE - Be terre or be square - Odile Vandermeeren]


#Goethe InstitutArchinews - Learning from Green African Building

Une définition de l'architecture durable pour le Goethe Institut

Learning from Green African Building


Biome


Sahel signifie “rivage”. Un rivage fait de sable, d’hautes herbes fines, d’arbustes et de grandes étendues de terres rouges. Le Sahel est un des quatorze grands “biomes” terrestres de notre planète: il s’agit d’une zone définie à partir de la végétation et des espèces animales qui y prédominent et qui y sont adaptées [1]. Ce n’est donc pas une définition de région faite de frontières dessinées de façon théorique mais bien une définition basée sur la conscience de l’environnement vivant et fluctuant qui nous entoure, auquel nous nous adaptons et qui s’adapte à nous en retour.


A partir de cette mise en contexte, le sens d’une architecture durable peut prendre forme.


Partons chez l’architecte. Parlons-lui de “biome” : il entendra “be home”et ne sera pas si loin de la signification de cette zone d’habitats, de plantes et d’humains, d’équilibres interconnectés, d’ecosystèmes entres les choses et les personnes.


Biocliméthique


Pour habiter le Sahel et pour habiter durablement, il faut une connaissance de ce qui nous entoure, c’est-à-dire une connaissance du contexte et de l’environnement : pour utiliser ses atouts, pour protéger ses faiblesses, pour ne pas briser l’équilibre, pour résister aux changements, pour ne pas épuiser les ressources, pour que tous vivent décemment. Il faut alors mettre en pratique cette connaissance des matériaux, du climat, des habitudes sociales, des nécessités, et cela dans une juste équation.


La manière et la matière


S’il y a la manière - bioclimatique et biocliméthique- , la matière compte également. Les matériaux géosourcés (tels que la terre) et les matériaux biosourcés (tels que la paille et le typha) , lorsqu’ils sont mis en oeuvre dans leur état initial (ou peu transformés), sont recyclables et réutilisables. Ils sont à portée de main. Ils ont donc un impact quasiment nul sur le changement climatique. Ils sont pratiqués par des artisans et des professionnels locaux, qui vivent de cet emploi. Correctement mis en oeuvre, ils contribuent aux mécanismes d’économie énergétique dans les bâtiments.


La question réside dans les savoir-faire


Le mot “durable” dans les deux sens du terme, à la fois “pérenne” et “solide”, c’est bien ce que propose le FACT, le Forum des Acteurs de la Construction en Terre au Sahel. Parmi eux, des professionnels, passionnés par leur métier, façonnent la matière comme personne. Cela se ressent dans les bâtiments qu’ils construisent dans les règles de l’art, à la pointe de l’innovation et de la maîtrise de techniques diverses et variées. Les dizaines de projets exemplaires et contemporains représentés dans le livre “Construire en terre au Sahel aujourd’hui” [2] sont l’illustration de cette double durabilité, résultat de leurs savoir-faire.


L’échelle humaine


L’enjeu d’une architecture durable consiste à résister à une uniformisation, à une standardisation qui ne profite qu’à un seul groupe de mêmes personnes. Il s’agit là d’un phénomène répandu au niveau mondial et c’est une difficulté que l’Afrique partage avec d’autres continents. L’histoire montre qu’un passage à l’échelle est bénéfique pour améliorer la qualité de vie de tous. Mais s’il ne doit profiter qu’à une seule poignée d’individus, alors l’équation d’équilibre durable n’est pas résolue. La notion d’intérêt général est à revisiter et à requestionner.


Faire de rien quelque chose


Là où l’Afrique Sahélienne tire son épingle du jeu, c’est dans cette inventivité à “faire de rien quelque chose” [3]. Ce génie du système D, de l’appropriation et de l’innovation frugale est à investiguer. C’est dans ce domaine porteur qu’il faut investir. Ou plutôt, à qui il faut souhaiter longue vie, au sens de l’informel, “qui n’est pas sous le contrôle” [4]. C’est une forme de résistance. Une réalité de tous les jours, difficile à vivre, mais qui permet aussi de ne pas sombrer dans un totalitarisme stérile. C’est une force de réinvention.


Naturellement


Les projets du livre “Construire en terre au Sahel aujourd’hui” présentent aussi tous une relation forte avec la nature environnante, une intégration intelligente en son sein. Cette nature puissante vous enveloppe au Sahel. Le contact est direct et franc. Ce lien sans filtre avec la faune et la flore est un aspect déterminant qui peut contribuer à construire une architecture durable (à condition, bien sûr que cette nature reste préservée, en ces rares bastions du globe). Cette présence au monde est plus palpable en Afrique. Cette conscience aiguise la notion de la réalité. “Une racine fait naître la vie. Au milieu du sable et de la poussière. A travers les embûches et les misères.” [5] Le peuple Sahélien possède encore, d’avantage que bien d’autres peuples sur cette planète, cette puissance de vie. Cette ténacité. Et cette immense capacité d’adaptation.


Grains de citoyens


Face aux grands combats des puissants et des décideurs, les actions individuelles nous paraissent parfois insignifiantes. Mais il faut continuer de s’engager et méditer cette phrase de Bernard Stiegler: “Même s'ils le voulaient, les États et les multinationales ne sauraient pas comment répondre, parce qu'ils n'ont pas les concepts pour changer.” [6] Contre l’avidité du pouvoir, de richesse et de contrôle, ou tout simplement contre l’incapacité à changer, la seule chose qu’on puisse faire, à notre échelle de citoyen, c’est de créer une communauté d’acteurs engagés. De créer des collectifs au sein de la société civile, par lesquels on s’entraide et on se soutient. Et de cette tribu créer un rêve. Véhiculer une nouvelle image collective et positive du futur. Qui ne sera pas faite de gratte-ciels standardisés , tout de verre et d’acier, mais de terre et de multiplicité.


Conscience professionnelle


Menons nos combats au quotidien, pratiquons nos “petits métiers” comme ils disent dans la chanson [7], avec toute l’éthique dont nous pouvons faire preuve, aiguisée et affûtée à chaque instant, à chaque geste, à chaque pas.


Une équation plurielle


Ceci n’est qu’une ébauche des réponses multiples qu’il faut apporter aux grands défis que nous avons commencé à relever. La force du réseau FACT est de rassembler des hommes et des femmes engagés, qui portent eux-mêmes des solutions diverses et variées. Il n’y a pas une seule réponse unique mais bien une pluralité d’actions. Ces dernières seront appropriées en fonction de chaque contexte. Ces actions sont plurielles.



[1] Évaluation stratégique des groupes de pays (SCCE) : les biomes du Sahel et de la savane soudano-guinéenne (Mai 2018). The Independent Evaluation Office (IEO) of the Global Environment Facility.

[2] Construire en terre au Sahel aujourd’hui. Vandermeeren Odile & FACT Sahel+ (2020). Plaissan (France), éd. Muséo & FACT.

[3] Les Practicables ; facebook 14 novembre #LesPraticables21 (Novembre 2021) ; inspiré de la citation de Jean RACINE.

[4] Le Testament du vernaculaire. Raphael Pauschitz (1 Octobre 2021). Revue Topophile.

[5] Invulnérables. Deran Deran. Niger. (2012). Kataklop.

[6] Interview de Bernard Stiegler : «Même s’ils le voulaient, les Etats n’auraient pas les concepts pour changer». Nicolas Celnik

( 8 Mars 2020) . Libération.

[7] Petit métier. Music in Exile. Mali. (2015). Songhoy Blues.

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